Du pastoralisme « à la parisienne » à l’anéantissement du patrimoine naturel

Du pastoralisme « à la parisienne » à l’anéantissement du patrimoine naturel

Où quand la gestion des alpages se perd entre politiques touristiques, réalités économiques, manque de concertation, normes contre productives et professionnalisme moribond…

Que reste-il ? après des centaines d’années d’aménagement des territoires de montagne – de cultures en terrasses, d’entretien des chemins, haies et murets de pierres sèches, de maintien des prés de fauche par un contrôle minutieux de l’emprise des broussailles et ronciers ou l’expansion des forêts, de repérage et d’entretien des sources, de gestion des animaux sauvages et de leur cohabitation (parfois compliquée) avec ceux d’élevage… toute cette économie tournée vers une exploitation parfaitement raisonnée des ressources naturelles et pourtant tant de connaissances parfois simplement perdues par confrontation au développement exponentiel d’un modernisme (opposable à certains modes de vie jugés trop rustiques ou rétrogrades) et malheureusement trop souvent dévoyés au profit d’une minorité de promoteurs, d’industriels ou de certains « jouisseurs » de résidences secondaires… – que reste-t-il donc, aujourd’hui ? de ces aménagements, de ces précieux outils, de ces savoirs faire, de ce patrimoine collectif que l’on se passait de pères en fils et qui était pensé, à ces époques, pour perdurer au-delà des générations ? Alors que nous vivons aujourd’hui dans une société de consommation d’une rudesse incroyable où l’obsolescence fait loi, où la pollution, l’inculture et la bêtise des technocrates finiront par achever les restes de notre civilisation ; ne doit-on pas cesser de marcher sur la tête ?

Après avoir pas mal bourlingué autour de la planète, je décidais à 35 ans de m’éloigner des zones trop densément habitées pour retrouver certaines sensations de mon enfance. Cette période d’inconscience totale où je vivais heureux dans un petit village d’éleveurs et de chasseurs, perdu au fin fond d’une immense forêt, au milieu des troupeaux de vaches, des fleurs, des oiseaux et des champs (le village de Cunfin, dans le département de l’Aube en Champagne-Ardennes)

Envie d’espace, de silence, de nuit d’étoiles, de bourdonnement d’abeilles… envie de convivialité, de solidarité, de partage, parfois de solitude… mais surtout envie de vivre !

Je choisis donc de m’installer dans le Massif de l’Oisans, en pleine montagne, dans la petite maison abandonnée et isolée de mes grands-parents où j’avais passé, les plus belles grandes vacances de ma jeune existence.

Arrivé à 1 350 mètres d’altitude en cette fin de juin 1995 et après un premier été, quasiment en ermite, à prendre le pouls de mon nouvel environnement, je ne tardais pas à me laisser surprendre par un automne précoce.
Mes seuls voisins, une famille de bergers du sud de la France, qui passaient les étés en estive avec leurs 2 500 moutons et quelques dizaines de chèvres, étaient de vieilles connaissances de ma famille. Nous avons donc profité de ces premiers mois de retrouvailles pour reprendre des relations que nous avions suspendues depuis bien longtemps.
Mais l’automne sonne le départ des troupeaux et je ne tardais donc pas à goûter, enfin, à cet isolement que j’avais tant recherché, mais qui allait me réserver bien des surprises…

Retour à l’école

Quand on change du jour au lendemain d’existence pour un nouvel environnement inconnu, on se trouve confronté à une période d’adaptation. Cette « école de la vie » est une sorte de transcendance quasi mystique, de lente déprogrammation sensorielle et culturelle qui s’opère telle la mue d’une chrysalide en papillon.
C’est un passage obligé qui va prendre des années avant de produire un résultat acceptable. C’est toute la différence entre un individu qui fait l’effort de s’intégrer et un touriste. Bien entendu, tel le caméléon, cela demande des facultés d’apprentissage et de mimétisme mais surtout, une capacité d’écoute et d’observation qui est indispensable à cette longue, très longue période initiatique qui permettra d’envisager, peut-être, la mutation vers une forme adaptative d’autochtone.
Rapidement, je ressenti l’impérieux besoin de me doter de moyens d’analyse et de compréhension de tout mon nouvel environnement. Les livres et même le web d’aujourd’hui ne suffisent pas à acquérir certaines connaissances. Je me retrouvais donc rapidement sur les bancs des amphis universitaires de la région pour quelques années d’études et de confrontations d’expériences, qui allaient m’ouvrir les portes de ce nouveau paradis ; ou comment l’électronique et la photographie peuvent mener à la sociologie du développement local et à l’ethnologie.

Nouvellement armé de ces fraîches compétences et fort de ces premières années d’expérimentation, de prise de contact et de combats permanents contre une nature omniprésente et des saisons bien marquées (surtout les 5 mois d’hiver à cette altitude !) on a la sensation de commencer à croire que l’on comprend certaines choses.

Et c’est là que l’on entre (ou pas) dans la seconde phase d’intégration. Le risque, à ce stade, c’est de ne pas confirmer sa transformation et de perdre finalement toute chance de muter totalement.
On pourrait alors se retrouver à la fois comme étranger à son existence passée et l’étranger des autres dans cette nouvelle vie.
Une forme de no man’s land social et relationnel extrêmement préjudiciable à l’équilibre psychologique d’un individu.

La suite… un jour peut-être…

Philippe Raybaudi

Photo réalisée à Puy-le-Haut en 2017 : Toutes ces pierres patiemment ramassées par nos anciens pendant des siècles (et entreposées proprement sur des pierriers en bordures des propriétés) sont aujourd’hui éparpillées sur les chemins de randonnée et les prés de fauche par des troupeaux sans surveillance et abandonnés entre les mains de bergers “loués” par des organisations peu scrupuleuses de l’environnement, de l’Histoire et de la qualité de vie…

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